Que veut dire Sheitan (Shaytan, شيطان) ?
Sheitan (on écrit aussi Shaytan, Chaytan ou Sheytan ; au pluriel Shayatin, شياطين) n'est pas une simple étiquette : lu par ses unités de deux lettres, le nom décrit ce que fait celui qui le porte, l’anéantissement colonial, dans son noyau frénétique.
Trois unités dans un seul nom
Le mot شيطان (shaytan) se lit sur ses lettres écrites, ش ي ط ا ن. Trois unités de deux lettres du glossaire y travaillent :
- شي (SHAYA) — la néantité, en tête du mot ;
- طن (TANA) — le colonial, au noyau formé par la troisième et la cinquième lettre ;
- شط (SHATA) — la frénésie, au noyau formé par la première et la troisième lettre.
Assemblé, le nom devient une phrase : شيطان se lit littéralement l’anéantissement colonial, dans son noyau frénétique.
شط (SHATA) — le noyau : la frénésie
Le mot شَطّ (shatt) désigne la côte, la plage : l’endroit où la mer vient s’échouer, les vagues figurant l’agitation. L’image dit que le Shaytan peut vous faire échouer dans votre cheminement : c’est un obstacle qui fait dévier de la voie droite. Je suis maintenant cette unité dans la langue arabe pour en retracer le fil conducteur :
- شَطْح (shath) — l’extase : l’état de transe des derviches qui dansent, une excitation intense et désordonnée où l’on perd le contrôle de soi sous une influence extérieure.
- اِشْتَاطَ (ishtata) — la colère : une excitation violente et incontrôlée, où les émotions submergent la personne et la poussent à agir de manière irrationnelle et excessive.
- شَطَّطَ (shattata) — aller très loin dans l’erreur : dépasser les limites acceptables, souvent sous l’effet de la colère. « Tu t’es mis en colère contre moi, tu es allé beaucoup trop loin » se dit avec ce verbe.
- شَاطَأَ (shata’a) — marcher chacun sur la rive opposée du fleuve : dans un conflit où la frénésie prend le dessus, chacun s’enferme dans son propre état, incapable de rejoindre l’autre.
- نَشْطٌ (nasht) — l’ardeur, l’empressement, l’entrain : poussés à l’extrême, ils deviennent frénésie.
- اِسْتِشَاطَة (istishata) — la rage : la colère à son paroxysme, qui entraîne des comportements frénétiques.
- شَطَط (shatat) — le dépassement, les errements, l’excès, l’extravagance, la bévue, la transgression, l’injustice.
Le fil conducteur : partout, شط porte la frénésie, l’excitation qui submerge la raison, pousse à l’excès et sépare les êtres.
شي (SHAYA) — la néantité
Le mot شَيْء (shay’) désigne toute sorte d’objet, matériel ou abstrait : une chose perceptible, une entité. Pour saisir la notion, il faut remonter au français : « entité » vient du latin ens, « être » ; « néant » et « anéantir » viennent de nihil, « rien », et d’annihilare, « réduire à néant ». Ces mots parlent tous de l’existence et de la non-existence.
- شَوَى (shawa) — griller, rôtir : réduire une chose à l’état de destruction, l’anéantir.
- مَشَى (masha) — cheminer : un parcours qui mène à la fin, ou à la transformation profonde de l’état initial.
- شَيَّأَ (shayya’a) — amener quelqu’un à faire quelque chose : dans son sens extrême, le pousser jusqu’à son anéantissement moral.
- شَيَّبَ (shayyaba) — rendre quelqu’un vieux : l’anéantissement par le temps, qui conduit à la fin de l’existence physique.
طن (TANA) — le colonial
L’unité s’emploie clairement pour dire la colonisation : وَطَّنَ (wattana), implanter ; وَطَن (watan), le pays ; مُسْتَوْطِن (moustawtin), le colon.
Le verbe طَنَّ (tanna) est plus étrange : il ne nomme pas la colonisation, mais il la décrit parfaitement. Il veut dire bourdonner, faire entendre un bruit sourd et continu, chanter à mi-voix, sonner, tintinnabuler, produire une série de sons aigus, vrombir, ronfler en vibrant, tinter. Ce sont les bruits de la colonisation : le bourdonnement des avions de guerre au-dessus des territoires occupés, le bruit continu des hélicoptères et des mitraillettes, les chants des soldats, les trompes et les sifflets des ordres militaires, les cloches des églises imposées, les tirs, le vrombissement des chars, les explosions, les coups de feu. Ensemble, ils disent l’omniprésence d’une force qui envahit les espaces, perturbe les vies et laisse des cicatrices profondes dans la mémoire des peuples.
Les trois fils conducteurs réunis : شط la frénésie · شي la néantité · طن le colonial. شيطان signifie littéralement l’anéantissement colonial, dans son noyau frénétique.
Il est nécessaire de faire des recherches approfondies sur une langue, celle que l’on traduit comme celle dans laquelle on traduit. Le nom شيطان n’est pas une étiquette posée de l’extérieur : le mot dit lui-même ce qu’il désigne.
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